Google Music : l’ami des artistes

Google MusicLe lancement de Google Music aux États-Unis annonce le début d’une réorganisation du modèle économique de l’industrie musicale. Rares sont ceux qui l’auront saisi. Ce qu’amène Google à cette industrie est en fait un immense cheval de Troie. Pour les artistes, c’est la proposition d’un partenariat inattendu et la libération d’un milieu artistique assiégé. Voici pourquoi.


Nouvelles technologies, mais ancienne structure
Il y a une dizaine d’années, lorsque la dématérialisation de la musique s’amorçait, les artistes rêvaient d’un monde sans intermédiaires entre leur musique et leur public. Tous entrevoyaient une libéralisation du marché de la musique et une démocratisation du métier.

C’est tout le contraire qui s’est produit. Encore aujourd’hui, les grands distributeurs détiennent un accès privilégié aux populaires services de téléchargement en ligne (ex. iTunes, Amazon). Malgré les possibilités technologiques pourtant illimitées, c’est un ancien modèle hiérarchique qui domine toujours la vente de la musique, qu’elle soit physique ou en ligne.

La concentration de l’industrie de la musique s’est d’ailleurs accentuée. Pour un artiste indépendant, c’est en passant par un système de sous-distributeurs que celui-ci arrive à placer ses œuvres sur la plate-forme iTunes de Apple, par exemple. Il existe de tierces parties “économiques” qui y ont accès, mais celles-ci peuvent disparaître du jour au lendemain, faire faillite, causer des retards, compliquer l’administration, et même détourner la musique vers des sites de piratage dans de cas extrêmes. La part de risque est réelle et désagréable. Comme auparavant, c’est donc un ensemble d’intervenants de « l’industrie » qui profitent ainsi des créateurs à coup de barrages administratifs qui, dans le contexte technologique d’aujourd’hui, n’ont plus de sens.

En d’autres mots, la configuration actuelle de l’industrie musicale taxe les plus petits joueurs pour l’accès aux plus gros services de ventes. Cette approche est vouée à l’échec, puisqu’elle étouffe les artistes émergents qui constituent le poumon de cette industrie. C’est aussi extrêmement limitatif pour le consommateur de musique qui a soif de découverte. Rappelons-nous que depuis l’an 2000, l’industrie musicale mondiale vit sur un respirateur artificiel. Son chiffre d’affaires s’est contracté d’environ 60 % en dix ans.

Arrive Google Music
Pourquoi serait-ce alors différent avec Google Music? Parce que Google semble avoir tout compris. Au-delà des éléments typiques de sa boutique musicale, le service Artist Hub de Google Music fait littéralement tomber les murs. Il propose à l’artiste indépendant d’y vendre sa musique directement au consommateur, tout en étant dans une relation d’affaire fiable. Avec le téléversement de sa propre musique sur les serveurs de Google, le musicien émergent pourra ainsi créer sa vitrine et se voir distribuer aux côtés des plus grands.


Bien que ça semble simpliste, même évident, c’est une innovation idéologique qui se faisait attendre. Google ne discrimine donc pas en fonction de la notoriété de l’artiste, ni en fonction de son statut de dépendance à l’industrie musicale, valorisant ainsi chacune des ventes. Google Music ébranle enfin un modèle révolu qui nous était resté de l’époque où l’industrie contingentait l’accès aux détaillants pour des raisons évidentes d’espace physique en magasins. Avec Artist Hub, Google rend le rôle du distributeur complètement désuet, en lui coupant l’herbe sous le pied par une association directe avec l’artiste.

La différence pour les artistes
Rien de nouveau? D’autres services plus marginaux fonctionnent déjà de cette façon. Où est la différence? Avec la popularité quasi assurée de Google Music, et la puissance de sa machine, ce sera l’équivalent pour l’artiste indépendant de se retrouver en vente chez Walmart à côté de la caisse, plutôt qu’au dépanneur du village sur une étagère qui prend la poussière. L’artiste n’aurait qu’à payer un frais unique de 25 $ pour ensuite pouvoir engranger 70 % des revenus de ses ventes, sans intermédiaires. Avec ce genre de conditions stables et favorables pour l’artiste, on verra une explosion de l’offre des musiques spécialisées et l’émergence accrue de succès locaux. L’intégration de ce service avec les autres produits de Google permettra aux artistes de mieux rentabiliser leurs percées sur YouTube et les réseaux sociaux. Avec une telle offre, il y a fort à parier que plusieurs artistes, déjà notoires, feront eux-mêmes le saut vers l’indépendance. Ce sera tout simplement plus profitable.

À cause de son omnipotence et grâce à cette main tendue aux artistes indépendants, Google s’imposera en popularité. Mais surtout, Google réécrira les règles du marché. Gageons que la firme entraînera avec elle tous les autres gros services (iTunes, Amazon, éventuellement Facebook) dans ce nouveau modèle économique.

Pour les artistes, cela veut dire plus de création, moins d’administration; et en théorie, plus d’argent dans leurs poches. Les gouvernements pourront, s’ils le comprennent, se permettre d’injecter davantage de fonds dans les enveloppes créatives, plutôt que pomper des millions dans des infrastructures physiques et virtuelles d’une industrie musicale qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Google s’occupera de l’industrie. Google détient déjà toute l’infrastructure : moteur de recherche, média social, vidéo YouTube, Android Market, création de blogue, présence sur les téléphones mobiles, vaste système de marketing en ligne, et finalement la vente de musique numérique. Cette dynamique hyper convergente, mais accessible au commun des mortels, est unique à Google. Elle nous ramènera aussi à la notion d’achat spontanée de la musique qui fut perdue dans la difficile transition vers la dématérialisation.

L’avenir : une classe moyenne d’artistes
L’avenir à long terme de l’industrie musicale passe par le développement d’une classe moyenne d’artistes, et non plus par l’ascension de méga vedettes sur lesquelles l’industrie mobiliserait l’ensemble de ses ressources. Les médias de masse ont déjà laissé leur place aux médias personnalisés (sociaux). Nous sommes passés de l’époque du « broadcasting » à celle du « narrowcasting ». C’est dans cette optique que devra se développer la nouvelle industrie musicale, si celle-ci désire retrouver le chemin de la prospérité. La bonne nouvelle, c’est qu’un gros joueur du secteur privé (Google) semble reconnaître que le succès économique du milieu musical passe par la démocratisation du développement des artistes.

Bien sûr, il restera à mettre ce système à l’épreuve. Le service prendra aussi un certain temps à s’activer ailleurs qu’aux États-Unis. Il y aura peut-être des ajustements à faire en cours de route. Surtout, comprenons bien l’intérêt de Google. L’entreprise vise à amener l’industrie musicale sur son terrain, d’y élargir la base, pour ensuite favoriser ses activités de ventes publicitaires. Mais c’est de bonne guerre car au moins, cela ce fera avec plusieurs avantages pour les artistes. Si on se fie au génie innovateur de Google dans le développement des affaires sur le Web, il faut s’attendre à rien de moins qu’une petite révolution signée Google Music.

Campagne publicitaire remarquée > > > [Je frenche mon vote]

Lors de la dernière campagne électorale ontarienne (2011), l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’est montrée innovatrice. En plus d’organiser un premier débat télévisé en français, elle a orchestré une campagne publicitaire pour inciter les Franco-Ontariens de 18 à 24 ans à voter.

Caricature de BadoLa campagne « Je frenche mon vote » a transcendé les frontières de l’Ontario. Les reporters politiques sérieux, tout comme les médias populistes, en ont fait mention. Les réactions se sont manifestées sous différentes formes, allant de l’analyse politique au sensationnalisme, en passant par la caricature et la chronique humoristique. La campagne s’est répandue telle une traînée de poudre dans les médias sociaux, en plus d’être diffusée à la télévision (TFO), à la radio et dans la presse écrite.

L’objectif stratégique était d’attirer l’attention des jeunes adultes franco-ontariens et de les sensibiliser à l’importance de voter entre autres « avec leur langue »; d’où le jeu de mots « Je frenche mon vote ». L’ampleur du partage viral en ligne et de la couverture médiatique fait état d’une circulation d’information sans précédent pour une campagne franco-ontarienne lors d’une élection. Au cours de cette opération, une augmentation de fréquentation de 150 % a été observée sur le site Internet de l’AFO. Ainsi, davantage de Franco-Ontariens ont pu se renseigner sur les plateformes électorales des différents partis.

À titre de réalisateur, j’ai eu le plaisir de mener le tournage des trois publicités qui mettaient en vedette mon collègue Olivier Nadon (du groupe d’humour franco-ontarien Improtéine) et Fabienne L’Abbé (ex-animatrice de l’émission pour ados Volt à TFO). Le mandat était clair : faire réagir, tout en passant un message. Pour l’AFO et son équipe, l’utilisation du mot « frenche » était incontournable. Controversé au sein de l’intelligentsia franco-ontarienne, le slogan a été un franc succès populaire.

De « frencher » son vote, c’est de choisir le parti politique ou le candidat qui embrasse le mieux les intérêts de la francophonie. Dans cette expression, il y a aussi un rafraîchissant clin d’œil qui, en exploitant un anglicisme, fait réfléchir sur notre réalité comme francophones en milieu minoritaire. Au sens premier, « Je frenche mon vote » est un jeu de mots, et au niveau de la métacommunication, comme plusieurs l’ont saisi, il s’agit d’un commentaire social sur l’état de notre francophonie. Horreur linguistique pour certains, initiative applaudie pour d’autres, cette approche a certainement le mérite d’avoir fait réfléchir bien des gens.

Dans la même optique, par exemple, le groupe hip-hop québécois Loco Locass fait l’emploi délibéré du franglais dans ses chansons, tout en étant reconnu pour la promotion du français et particulièrement pour son militantisme à l’égard de la souveraineté du Québec.

Pour les Franco-Ontariens, un de nos auteurs les plus décorés, Patrice Desbiens, a fait du franglais « éditorial » un véritable créneau. Cela lui a entre autres valu d’être finaliste pour le Prix du Gouverneur général en 1985. Notons que le volet francophone du Conseil des arts de l’Ontario finance à l’occasion des projets artistiques en théâtre, en chanson et en littérature qui font l’emploi du franglais en ce sens.

Pour les plus jeunes, que cela nous plaise ou non, ce métissage identitaire se vit dans leur réalité quotidienne. Il est important de les faire réfléchir à ce sujet dans une forme de communication qui leur est propre. On parle bien, ici, d’un type d’humour absurde qu’ils côtoient et qu’ils nourrissent chaque jour sur Youtube, Twitter et Facebook. Ce n’est certainement pas en les sermonnant à coup de dictionnaires et de formules dépassées (je vote en français! ou je vote franco!, par exemple) qu’on y arrivera. D’ailleurs, un sondage mené par le service d’animation culturelle d’une école secondaire à Orléans indique que la grande majorité des étudiants interrogés ont saisi la subtilité du slogan « Je frenche mon vote ». On observe les mêmes résultats positifs dans un reportage du journaliste William Burr qui interroge des universitaires, une professeure en linguistique et différents intervenants.

C’est sans grande surprise, toutefois, qu’au lendemain du scrutin nous avons appris que moins de la moitié des Ontariens se sont prévalus de leur droit de vote. Cette tendance s’accentue depuis des années. Pendant que les organismes et les médias s’en scandalisent, rares sont ceux qui osent proposer des solutions, ou encore qui posent des gestes concrets. Raison de plus pour multiplier les efforts originaux, hors normes et ciblés qui pourront contribuer à réveiller les masses dormantes! La campagne « Je frenche mon vote » en est un bon exemple.

À l’heure du mouvement « Occupy » qui suit celui du Printemps arabe, il va sans dire qu’une renaissance idéologique s’opèrent sur la façon de présenter la démocratie aux jeunes générations. Félicitations à l’AFO pour sa vision d’avant-garde et son engagement à l’égard de la francophonie.

Jean-Michel Ouimet

« L’initiative est applaudie… »
- Philippe Orfali, dans LeDroit (14 septembre 2011)

« Le 6 octobre, je frenche mon vote! Bravo l’AFO pour une campagne audacieuse pour inviter les jeunes à voter. »
- Pierre Bergeron, éditorialiste (via Twitter le 14 septembre 2011)

« Audacieux j’aime! »
- Martin Tremblay, Radio NRJ (via Twitter) le 15 septembre 

« L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a lancé sa campagne publicitaire – Je frenche mon vote –  en vue de l’élection provinciale du 6.octobre. En tout cas, moi je vote pour Fabienne. »
- Buffet complet (blogue collectif franco-ontarien)

« Votez avec votre langue en frenchant votre vote le 6 octobre prochain. »
- Sylvio Boudreau, (blogue d’un Canadien errant, section belles initiatives)

« Y’a quand même un vent d’espoir qui souffle de l’Ouest les gars, pis c’est pas rien qu’une petite brise. Non, cet espoir-là, c’est le Franco-Ontarien. » (avec diffusion d’un extrait des publicités)
- Le Sportnographe (Radio-Canada) émission du 7 octobre 2011

« L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a été beaucoup plus active, au cours de ces élections générales, qu’elle ne l’avait été en 2003. »
- Philippe Orfali, dans LeDroit (14 septembre 2011)

« Le slogan “Je frenche mon vote ” est une horreur linguistique »
- Pierre Allard, dans LeDroit, (éditorial du 16 septembre 2011 intitulé Franglais à la mode)

Jean-Michel Ouimet reçu membre de la Compagnie des Cent-Associés francophones

Le dimanche 11 septembre 2011, Jean-Michel Ouimet a été accueilli dans les rangs de la Compagnie des Cent-Associés francophones. Il est le plus jeune au pays à recevoir cette distinction. La cérémonie d’adoubement a eu lieu dans le cadre de l’Assemblée générale annuelle de l’APCM, un organisme au sein duquel Jean-Michel Ouimet a beaucoup œuvré. La Compagnie des Cent-Associés francophones est un organisme dont la mission est de reconnaître le mérite de Canadiens et de Canadiennes qui, de façon exemplaire, ont travaillé bénévolement à la promotion et au développement de la francophonie canadienne.

Objets de la Compagnie tirés de ses Lettres patentes scellées à Québec en 1979 :

  • Rendre hommage aux défenseurs de la francophonie en Amérique du Nord et plus particulièrement en territoire canadien.
  • Souligner l’effort exceptionnel consenti par des personnes afin d’assurer le développement de la culture et de la langue française sur le plan international.
  • Offrir un cadre exceptionnel et privilégié aux membres de cette corporation désireux de poursuivre leur action en vue de la consolidation du fait français en Amérique du Nord et plus particulièrement en territoire canadien.
  • Agir à titre de conseil et de soutien auprès de tous les organismes qui ont pour but la promotion de la vie française sous tous ses aspects en territoire canadien d’abord.

Voici les noms de quelques membres, d’hier et d’aujourd’hui : Félix Leclerc, Viola Léger, George-Henri Lévesque, Antonine Maillet, Séraphin Marion, Claude Ryan, Félix-Antoine Savard, Roger Guindon, Omer Deslauriers, Ronald Caza, Jean-Jacques Blais, Claudette Boyer, Paul Desmarais, Bernard Grandmaître, Gisèle Lalonde, Camille Laurin, George-Émile Lapalme, Jean-Paul Nolet, Henri Bergeron… Accédez à la liste des membres.

Article du journal LeDroit :
http://www.cyberpresse.ca/le-droit/franco-plus/201109/15/01-4448129-un-grand-honneur-pour-jean-michel-ouimet.php

Prix de la fierté franco-ontarienne des arts

La Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) a remis le prix de la fierté franco-ontarienne des arts à Jean-Michel Ouimet, lors des 18es Jeux franco-ontariens. Cette édition des Jeux avait lieu du 20 au 23 mai 2011 au Collège catholique Samuel-Genest, l’ancienne école secondaire du récipiendaire.